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Les Affluents du Ballet Preljocaj en 2026

  • Photo du rédacteur: barakjean
    barakjean
  • il y a 6 jours
  • 5 min de lecture

La dialectique de l'intime et de l'extime.

Micol Taiana, Elliot Bussinet et Clara Freschel dansent leurs introspections pour le public du Pavillon noir, dans la version de 2006 des Affluents du Ballet Preljocaj


Micol Taiana Les Affluents 2026 du Ballet Preljocaj "Je vois ça, je vois rien" avec Araceli Caro Regalon et Lucia Deville


Je vois ça je vois rien"


Les canons de la "normalité" oppressent tout particulièrement les filles et les femmes, même si les garçons et les hommes n'en sont pas totalement indemne. Ceci depuis la nuit des temps et la naissance de l'humanité: les Vénus Callipyges en attestent encore dans nos musés. Les muses de l'Homo Sapiens -Fémina Sapiens n'est pas un terme encore répertorié- se devaient d'avoir des hanches larges pour enfanter et de grosses fesses pour l'esthétique, les hommes étaient choisis forts et puissants pour la chasse, la protection de leur noyau familial et de leur clan. Ainsi l'humanité se sélectionne t'elle d'elle même au fil des générations, jusqu'à nos jours.


Micol Taiana Les Affluents 2026 du Ballet Preljocaj "Je vois ça, je vois rien" avec Araceli Caro Regalon et Lucia Deville


Les canons de la beauté


Dans le monde même de la danse, on ne confondra pas le style diaphane et aérien des danseuses classiques avec celui des sculpturales "créatures de rêve" du crazy Horse, ni avec celui des danseuses contemporaines très ancrées dans le sol où l'excellence et la virtuosité priment le physique, enfin diversifié et représentatif des morphotypes d'aujourd'hui.

Micol Taiana interroge les normes morphologiques imposées au femmes -qu'elles s'imposent elles mêmes en retour- qui dans leurs formes extrêmes oscillent entre l'absolue maigreur de l'anorexie et l'insatiabilité de la boulimie. Parfois dans un balancier infernal on le rencontre chez le même sujet qui se voit énorme quand elle est cachectique et trop maigre en surpoids.

Le miroir est le seul Juge, mais ce n'est pas lui qui est concave ou convexe, c'est le regard sur soi qui est déformé. Alors la balance ne fait pas le poids.

Micol Taina se murmure personnellement concernée pas la question, à un titre ou à un autre.

C'est là où les mots manquent que s'opère le passage entre l'intime et l'extime, le geste métaphorisant le manque de mots, dans un partage qui libère par empathie, comme la corde sympathique du guitariste.


Micol Taiana Les Affluents 2026 du Ballet Preljocaj "Je vois ça, je vois rien" avec Araceli Caro Regalon et Lucia Deville


"Je" est un autre.


La danse est un partage esthétique ou émotionnel, ou les deux ensemble, elle peut laisser le spectateur épuisé quand la danse l'a traversé. Micol Taiana a choisi Araceli Caro Regalon et Lucia Deville, danseuses du Ballet Preljocaj pour incarner son propos, dans un duo spéculaire.

"Qui suis-je dans le miroir?", que voit celui ou celle qui me regarde? Quelle est cette inconnue face à moi? Moi-même ou une autre?"

"Je est un autre" écrivait Arthur Rimbaud. "Si le cuivre s’éveille clairon, il n’y a rien de sa faute."

La pièce est courte, 15 minutes à peine, mais dense. Elle appelle une suite, ou une autre.

Micol Taiana nous le dira.


Micol Taiana Les Affluents 2026 du Ballet Preljocaj "Je vois ça, je vois rien" avec Araceli Caro Regalon et Lucia Deville


Enigma par Elliot Bussinet

Les Affluents 2026 du Ballet Preljocaj, Elliot Bussinet crée "Enigma" avec Mar Gomez Ballester et Agathe Peluso.


Un autre "duo de filles" -selon l'expression en usage dans la danse- avec deux danseuses du Ballet Preljocaj, écrit par le danseur et désormais chorégraphe Elliot Bussinet à partir du tableau de Auguste Dominique Ingres peint en 1827. Œdipe est quasi nu, il interroge la Sphinge dans sa caverne, créature mythique au corps de lion ailé mais au buste et au visage de femme. Elle lui pose la question du mystère de la vie, il donne la réponse juste, elle se tue.

Enigma sera plus tard le nom donné à la machine électromagnétique à crypter et décrypter utilisée par l'armée allemande pendant la seconde guerre mondiale, réputée inviolable. Son mystère sera décrypté en reconstruisant la machine à l'identique.


Les Affluents 2026 du Ballet Preljocaj, Elliot Bussinet crée "Enigma" avec Mar Gomez Ballester et Agathe Peluso.


"Je est un Autre"


La rencontre avec le mystère est transposée par Elliot Bussinet selon la métaphore freudienne du moi interrogeant le je, la part cachée de l'Autre en soi, "Je est un Autre".

Sommes nous vraiment ce que nous croyons être quand nous sommes traversés par les convulsions de l'histoire, de génocide en génocides, quand la Pachamama se met en colère contre les outrages que lui infligent l'humanité, que les Dieux -Namu la Déesse des Sumériens ou Poséidon Dieu de la mer pour les Grecs- déchainent les océans?

Quand gnomes construits de mille briques nous sommes le produit de mille générations au travers d'un génome aléatoire? Que le moi n'est que l'illusion du frêle cornac qui croit diriger l'éléphant de son propre inconscient?


Les Affluents 2026 du Ballet Preljocaj, Elliot Bussinet crée "Enigma" avec Mar Gomez Ballester et Agathe Peluso.


Comment exprimer ce qui est à soi même inexprimable?

En dansant sans doute, puis en écrivant la partition que d'autres danseront, en s'intitulant Deus ex machina.

Chorégraphe.


Kafka, fragments.

Clara Freschel "Kafka fragments" les Affluents 2026 du Ballet Preljocaj


...ou encore en devenant sa propre danseuse et chorégraphe comme Clara Freschel. Elle possède de multiples talents: danseuse, chanteuse lyrique, plasticienne, actrice, elle erre dans une pièce protéiforme dont la cohérence n'apparait qu'à la fin quand elle en délivre la clef de voûte.

Franck Kafka le maître de l'absurde aux amours impossibles est le fil conducteur de ce kaléidoscope. Réputé tragique il était en fait considéré par ses pairs comme un maître de l'humour juif, les lectures de "La Métamorphose" pour ses amis déclenchaient des hurlements de rire.


Incarner


L'incarner et le mettre en espace n'allait pas de soi.

Sa danse est virtuose, son chant magnifique, son univers baroque.

Il décline ce qui la construit et la traverse par devers elle, l'héritage de génération en générations de sa judéité, cette fidélité à une culture et une croyance toujours persécutée, réformée et "remplacée", mais jamais anéantie.


Clara Freschel "Kafka fragments" les Affluents 2026 du Ballet Preljocaj
Clara Freschel "Kafka fragments" les Affluents 2026 du Ballet Preljocaj


Arme blanche


"L'humour est l'arme blanche de l'homme désarmé face a un destin qui l'accable."

Romain Gary


Elle écrit sur son corps comme sur des rouleaux de papier blancs qui finissent par devenir l'écran sur lequel est projeté un film de sa grand-mère, survivante des camps nazis.

Son message est universel: personne ne peux se proclamer supérieur aux autres, nous sommes tous égaux, on ne doit enfermer personne dans des ghettos, ni dans des camps d'extermination.


Quand on fait le parallèle avec les discours et les actes de ceux qui se déclarent élus de Dieu et indument de ceux qu'ils appelaient "les savons", les rescapés, votre sang se glace devant la reproduction à l'identique du crime de masse, en pire.


Clara Freschel "Kafka fragments" les Affluents 2026 du Ballet Preljocaj



Photos et commentaires Jean Barak


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© 2020 par Jean BARAK Reporter Photographe

 

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