Silvia Gribaudi dynamite les standards de la danse avec R.OSA
Dernière mise à jour : il y a 6 jours
A Aix en Provence, au Pavillon Noir du Ballet Preljocaj, Claudia A Marsicano incarne R.OSA de Silvia Gribaudi.

Sans complexe apparent -au diable les petits rats et les sylphides- Claudia A Marsicano assume sa surcharge pondérale hors norme dans ce solo écrit par Silvia Gribaudi.
Depuis 2004 cette dernière déconstruit méthodiquement tous les standards de la danse avec des pièces déjantées, mêlant une veine comique, une théâtralité assumée, la sollicitation permanente du public et une virtuosité sporadique qui se fait discrète, comme pour s'excuser. Avec A Corpo Libero en 2009, R.OSA en 2017, Graces en 2019, Monjour en 2021, Grand Jeté en 2023 et Cœur Suspendu en 2025 elle propose une large palette de son humour caustique, mais pas seulement.

Claudia A Marsicano dans R.OSA de Silvia Gribaudi au Pavillon Noir du Ballet Preljocaj
Grand Jeté
Dans Grand Jeté elle ose le nu collectif subtilement caché dans un numéro d'escamotage digne d'une illusionniste. Ce cache-cache très dansé flirte joyeusement avec le cabaret. Pour autant, afin que nul n'en ignore, elle enchaîne discrètement une série de grand jetés classiques en fond de scène, au milieu de la grande pagaille savamment désorganisée des danseurs, comme livrés à eux-même dans un club techno. Plus dure sera la chute: plus on saute haut, plus on tombe, s'ensuivront une série de chutes savamment chorégraphiées. Le jeune public de scolaires est inquiet, tétanisé, puis hilare et enthousiaste, il danse et applaudit debout.

Silvia Gribaudi au Zef, Grand Jeté avec les jeunes danseurs de MM Contemporary Dance Company, compagnie de Reggio Emilia dirigée par Michele Merola avec Silvia Gribaudi et: Emiliana Campo, Lorenzo Fiorito, Mario Genovese, Matilde Gherardi, Fabiana Lonardo, Alice Ruspaggiari, Rossana Samele, Nicola Stasi, Giuseppe Villarosa, Leonardo Zannella
Grâces
Ses trois grâces sont des hommes, Silvia Gribaudi joue le rôle du clown blanc qui s'interroge à haute voix sur le concept. Qu'est-ce que la grâce?".
Elle interpelle le public, le fait chanter, le questionne et il répond, se prend au jeu et jubile.
L'air de ne pas y toucher elle effectue quelques prouesses "dansistiques", un grand jeté, un grand écart debout, quand elle n'est pas le simple faire valoir de ses danseurs interprètes et performeurs qu'elle fait applaudir, les désignant de la voix et du geste. Elle remercie, beaucoup et souvent, en étouffant ses rires sous une impassibilité de façade qui n'a des cesse que de se fissurer.

R.OSA

Claudia A Marsicano dans R.OSA de Silvia Gribaudi au Pavillon Noir du Ballet Preljocaj
Outre la question "Qu'est-ce que la danse?" R.OSA questionne les standards du corps des danseuses- et des danseurs- la notion de spectacle, de spectateur, comme celle de technique et de performance.
Depuis les tous débuts Silvia Gribaudi abat le "quatrième mur", celui qui sépare le spectacle sur scène du spectateur, en le prenant à partie puis en l'incluant dans le spectacle lui même, dans une démarche Brechtienne radicalisée.

"Si tu veux parler d'un chat, montres-en la queue". Qu'elle ait été jadis danseuse ou non importe peu, Claudia A Marsicano pourrait être clown, comédienne ou enseignante. Elle décline dix leçons de danse qu'elle fait exécuter en miroir par le public debout. C'est décalé et drôle, on oublie vite la gêne que produit son aspect physique. Au fond, la "grossophobie" n'est que la crainte du miroir qu'elle nous tend et celle du regard de l'autre. Cette peur peut rendre violent, il suffit de lire les réseaux sociaux pour voir comme dans un puits sans fond.
Elle démontre que le mouvement de la danse n'est pas nécessairement une performance mais une appropriation de l'espace et une mise en relation.
Elle se tient là immobile, longtemps, très près du public, puis danse avec les mains, les bras, ébauche un geste que que le public reprend à l'unisson à son invitation.
La danse se révèle comme une intention, un être là, un être ensemble. C'est fin et drôle, ça bouscule les lignes et les représentations intimes.
Comme à chaque fois le public est conquis et jubile, il applaudit debout.

Claudia A Marsicano dans R.OSA de Silvia Gribaudi au Pavillon Noir du Ballet Preljocaj
Photos et commentaires Jean Barak



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